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Pour linstant, la bisexualité
est considérée dans notre pays soit comme un phénomène
de mode, soit comme une excentricité sexuelle. Contrairement
à lhomosexualité qui est progressivement reconnue
comme une identité aux yeux de tous et qui jouit dune
certaine reconnaissance sociale, la bisexualité reste une
réalité vécue de manière souterraine
et discrète.
Il existe huit groupes bisexuels
en Suisse. La plupart sont formés uniquement de femmes
ou dhommes, ils ne sont généralement pas directement
liés à des associations gays ou lesbiennes. Certains
sont très discrets, ne disposant que dune boîte
postale, et souhaitent conserver cet anonymat. Suite à
la dernière conférence internationale sur la bisexualité
qui a eu lieu à Berlin il y a deux ans, un groupe de travail
est né en Suisse. Les participants souhaitaient donner
plus de visibilité à la bisexualité et créer
un réseau dinformations et de soutien tel quil
en existe à létranger. Cet engagement a abouti
à la création de lassociation BiNe qui représente
les groupes bi en Suisse.
Le groupe bi qui existe au sein de
Vogay, à Lausanne, est le seul en Suisse romande. Cest
un choix délibéré de notre part de sinsérer
à lintérieur de la communauté gay et
lesbienne. Dune part, nous avons de nombreux problèmes
en commun, dautre part, cest souvent au sein même
de la communauté homosexuelle que nous sommes le moins
bien compris. Il existe également à Lausanne un
club réservé aux femmes bisexuelles.
A lexception des ouvrages traitant
de psychiatrie ou de lhistoire de la Grèce antique,
il nexistait, jusquen 1996, quun seul livre
en français abordant la bisexualité. De manière
générale, le public ne sait pas ce que signifie
être bisexuel. Nous sommes simultanément sujet de
fascination et de rejet, sans parler du fait que de nombreuses
personnes doutent même de notre existence.
Les individus qui se disent ouvertement
bisexuels sont rares, et ceux qui laffirment publiquement
ne sont guère plus dune dizaine. Deux articles de
presse ont récemment parlé du "coming-out"
des bisexuel(le)s. Le premier dans " Facts ", en Suisse
allemande, le second dans le " Journal de Genève ".
A la suite de ces publications, nous avons été sollicités
pour une interview télévisée, nous avons
préféré refuser cette invitation pour linstant.
En effet, il nous est pour le moment difficile de maîtriser
limage médiatique qui tend à faire de nous
des bêtes curieuses et à réduire notre identité
à un simple comportement sexuel.
Groupe bi, Vogay, 11 avril
1998
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